Analyse win/loss : comprendre vos deals à partir des appels
Le motif de perte saisi dans le CRM raconte ce que le commercial a retenu, pas ce que l'acheteur a dit. Voici une méthode pour analyser vos deals gagnés et perdus à partir des échanges eux-mêmes.
Un deal perdu se referme presque toujours de la même façon. Le commercial ouvre le CRM, choisit un motif dans une liste déroulante, souvent « Prix » ou « Pas le bon moment », et passe au suivant. Six mois plus tard, le rapport des motifs de perte montre que le prix est la première cause, et personne ne sait quoi en faire.
Ce rapport n'est pas faux, il est incomplet. Il mesure ce que l'équipe a retenu d'un deal, pas ce que l'acheteur a réellement dit pendant les appels. Et entre les deux, il y a précisément ce qui vous permettrait de gagner le suivant.
Pourquoi le motif de perte du CRM ne suffit pas
Le champ « motif de perte » a trois défauts qui ne tiennent pas à la bonne volonté des commerciaux, mais à la façon dont il est rempli.
- Il est rempli après coup, de mémoire. Le commercial résume en un mot un cycle de plusieurs semaines et de plusieurs interlocuteurs. Ce qui reste est l'impression de la fin, rarement la cause du début.
- Il est rempli par une partie prenante. Attribuer une perte au prix ou au calendrier ne met personne en cause. Attribuer une perte à une découverte trop rapide ou à un décideur jamais rencontré, si. Le biais n'est pas malhonnête, il est humain.
- Il ne garde pas la matière. Une liste déroulante enregistre une catégorie, jamais la phrase qui la justifie. Impossible ensuite de vérifier, de nuancer ou de comparer.
« Trop cher » est rarement une cause. C'est le plus souvent la conclusion d'un acheteur à qui la valeur n'a pas été démontrée.
La bonne nouvelle, c'est que la matière existe déjà. Elle est dans les appels de découverte, les démos, les négociations. L'acheteur y a dit ce qui déclenchait son besoin, ce qu'il comparait, qui devait valider et ce qui l'inquiétait. Une analyse win/loss sérieuse commence par relire cette matière plutôt que la mémoire.
Ce qu'il faut relever pour chaque deal
Pour que deux deals se comparent, il faut relever les mêmes éléments sur chacun. Six suffisent, à condition de les relever à partir de ce qui a été dit, et de garder la phrase qui les justifie.
1. Le moment où le besoin est apparu
Qu'est-ce qui a fait que l'acheteur a commencé à chercher maintenant ? Un recrutement, un départ, un audit, un incident, un nouveau dirigeant. Un besoin déclenché par un événement daté avance ; un besoin « qu'on a depuis longtemps » attend souvent encore.
2. Les critères de décision
Ce sur quoi l'acheteur a dit qu'il jugerait les solutions, dans ses mots. Par exemple, à titre d'illustration : « Il faut que ce soit en place avant la saison haute » ou « Notre DSI ne validera rien qui ne soit pas hébergé en Europe ». Un critère exprimé et jamais traité dans la démo est une perte annoncée.
3. Qui décide
Les personnes citées dans le processus de décision, et celles que vous avez réellement rencontrées. L'écart entre les deux listes explique à lui seul une bonne part des deals qui s'arrêtent sans raison apparente.
4. Les concurrents mentionnés
Qui d'autre était regardé, et à quel moment le nom est apparu. Un concurrent cité dès la découverte n'a pas le même poids qu'un nom qui surgit la semaine de la décision. N'oubliez pas le concurrent le plus fréquent : le statu quo, le tableur, l'outil maison.
5. Les objections, et si elles ont été traitées
Chaque objection soulevée, puis la réponse apportée, et surtout la réaction de l'acheteur à cette réponse. Une objection « traitée » dont l'acheteur reparle deux appels plus tard ne l'était pas.
6. La dernière étape convenue
Ce qui a été décidé à la fin du dernier échange, avec une date et un responsable, ou l'absence de tout cela. Un deal qui se termine sur « on revient vers vous » s'est souvent perdu à ce moment précis, bien avant le refus officiel.
Lire les deals gagnés et perdus côte à côte
L'erreur la plus courante est d'analyser seulement les pertes. Sans les gains à côté, vous ne savez pas si un élément est propre aux deals perdus ou simplement présent partout. Une objection sur le prix entendue dans les deals gagnés aussi n'explique pas vos pertes.
| Ce que vous observez | Ce que ça indique |
|---|---|
| Le même critère exprimé dans les gains et les pertes, traité seulement dans les gains | Un défaut de démo ou de discours, pas de produit |
| Un concurrent cité surtout dans les pertes | Un argumentaire comparatif à construire, ou une cible où il est plus fort |
| Un décideur rencontré dans les gains, jamais dans les pertes | Un problème de qualification et d'accès, pas de conviction |
| Des pertes sans déclencheur daté | Des deals ouverts trop tôt, qui gonflent le pipeline |
| Des pertes qui se terminent sans étape suivante datée | Une fin d'appel à reprendre, plus qu'un problème de fond |
Ce qui compte ici n'est pas un deal, c'est la récurrence. Un élément présent dans une perte est une anecdote. Le même élément présent dans la majorité des pertes et absent des gains est une piste de travail.
Ce que dit le CRM, et ce que disent les appels
Le motif saisi dans le CRM
- Perdu : prix
- Perdu : pas le bon moment
- Perdu : concurrent
- Perdu : sans réponse
Ce que l'acheteur a dit
- « Je ne vois pas encore comment le justifier auprès de ma direction »
- « Tant que le nouveau responsable n'est pas arrivé, je ne peux rien engager »
- « L'autre solution s'intègre déjà à notre outil de facturation »
- Aucune étape convenue après la démo, le DAF jamais rencontré
Les phrases de droite sont des exemples, mais elles montrent l'écart. « Prix » devient un problème de justification interne, donc un argument de retour sur investissement à outiller. « Concurrent » devient une intégration manquante. « Sans réponse » devient une qualification incomplète.
L'entretien win/loss avec un client perdu
Les appels racontent le cycle vu de l'extérieur. Un entretien court avec l'acheteur après la décision complète ce qu'ils ne disent pas. Il fonctionne mieux s'il est mené par quelqu'un d'autre que le commercial du deal, quelques semaines après la décision, en vingt minutes au plus, et en annonçant clairement qu'il ne s'agit pas de rouvrir la vente.
- Qu'est-ce qui vous a amené à chercher une solution à ce moment-là ?
- Quelles options avez-vous regardées, y compris ne rien changer ?
- Sur quels critères avez-vous finalement tranché ?
- Qui a participé à la décision, et qui avait le dernier mot ?
- À quel moment avez-vous senti que votre choix était fait ?
- Qu'est-ce qui vous a manqué de notre côté pour aller plus loin ?
- Y a-t-il une question à laquelle nous n'avons jamais vraiment répondu ?
- Si vous deviez refaire ce choix aujourd'hui, que regarderiez-vous en premier ?
Écoutez sans corriger. Le but n'est pas d'avoir raison sur le deal, c'est de comprendre comment l'acheteur l'a vécu. Enregistrez l'entretien avec son accord et rattachez-le au même client que les autres échanges, pour qu'il soit relu avec eux.
Une revue mensuelle, pas un projet annuel
Une analyse win/loss menée une fois par an produit un beau document et peu de changements. Une revue mensuelle courte produit l'inverse. Une heure suffit, avec le responsable commercial et deux ou trois commerciaux, sur les deals clos du mois.
- Lister les deals gagnés et perdus du mois, sans exception.
- Pour chacun, relever les six éléments à partir des échanges, pas de la mémoire.
- Chercher ce qui revient dans les pertes et manque dans les gains.
- Garder une ou deux phrases d'acheteur par constat, pour que la discussion porte sur des faits.
- Décider d'un seul changement pour le mois suivant, et le nommer.
- Le mois d'après, commencer par vérifier si ce changement a été appliqué.
Sur un petit volume de deals, soyez prudent : quelques cas ne font pas une tendance. Cumulez sur plusieurs mois avant de tirer une conclusion forte, et gardez l'habitude de revenir aux passages plutôt qu'à des pourcentages.
Ce qu'il faut changer ensuite
Une analyse win/loss ne sert que si elle modifie quelque chose dans la façon de vendre. Trois endroits concentrent la plupart des corrections.
- Les questions de découverte. Si les pertes manquent de déclencheur daté ou de critères explicites, ajoutez les questions qui les font émerger dès le premier appel.
- La qualification. Si les pertes n'ont jamais atteint le décideur, faites de sa rencontre une condition pour avancer le deal, et non un espoir pour la fin du cycle.
- Le discours et la démo. Si un critère ou un concurrent revient dans les pertes, construisez la réponse, placez-la dans la démo et vérifiez le mois suivant qu'elle est utilisée.
Tenir ce travail sans tout relire à la main
Relever six éléments sur chaque deal à partir des appels demande du temps si tout se fait à la main. C'est là qu'on peut aider. Chaque échange rattaché à une fiche client est transcrit puis analysé : les objections, les objections traitées, les mentions de concurrents, les critères de décision, le processus de décision et les prochaines étapes y sont repérés comme des passages, avec les mots de l'acheteur.
Les deals sont détectés à partir de ce qui a été dit, ouverts, gagnés ou perdus, et restent modifiables à la main quand l'équipe sait mieux. L'assistant peut ensuite répondre à une question comme « quelles objections reviennent le plus dans les deals perdus ce trimestre ? » en comptant les thèmes à partir des passages repérés, chaque affirmation renvoyant au passage exact.
Posez la question à vos échanges
Demandez à l'assistant de Meidly ce qui revient dans vos deals perdus, les concurrents cités ou les critères de décision exprimés. Il compte les thèmes et cite les passages sur lesquels il s'appuie.
L'outil ne remplace pas la revue : il en prépare la matière. La décision de changer une question de découverte ou une étape de qualification reste celle de l'équipe, et elle se prend mieux quand chacun peut relire ce que les acheteurs ont vraiment dit.
Un deal perdu coûte cher une fois. Un deal perdu pour une raison que personne n'a comprise coûte cher à chaque répétition.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une analyse win/loss ?
C'est l'étude des deals gagnés et perdus pour comprendre ce qui fait la différence entre les deux. Menée à partir des échanges avec les acheteurs plutôt que du motif saisi dans le CRM, elle révèle les critères, les objections et les étapes qui décident réellement de l'issue.
Pourquoi ne pas se contenter du motif de perte du CRM ?
Parce qu'il est rempli après coup, de mémoire, par une partie prenante, et qu'il ne garde qu'une catégorie. Il est utile comme indicateur, mais il ne dit ni ce que l'acheteur a exprimé, ni ce qui aurait pu changer la décision.
Faut-il aussi analyser les deals gagnés ?
Oui. Sans les gains, vous ne savez pas si un élément est propre aux pertes ou présent partout. C'est la comparaison entre les deux qui fait apparaître ce qui décide vraiment.
Qui doit mener l'entretien avec un client perdu ?
De préférence quelqu'un d'autre que le commercial du deal, pour que l'acheteur parle librement. L'entretien est court, annoncé comme tel, et ne cherche jamais à rouvrir la vente.
À quelle fréquence faire une revue win/loss ?
Une revue mensuelle d'une heure sur les deals clos du mois fonctionne mieux qu'une grande analyse annuelle. Sur un petit volume, cumulez plusieurs mois avant de tirer des conclusions fortes.